Dans les années trente, influencé par ses amis Charles et Marie-Laure de Noailles, qui commandent à Mallet-Stevens une villa cubiste à Hyères, il
sacrifie à la modernité et n'hésite pas à demander à Le Corbusier, à l'aube d'une carrière prometteuse, de concevoir sous ses instructions très dirigistes
un appartement futuriste sur les Champs-Elysées. Escalier blanc en colimaçon, terrasse tapissée de gazon et décorée d'une cheminée rocaille, meublée
de mobilier Louis XV, Beistegui conjugue le modernisme de Le Corbusier avec son goût déjà surréaliste : toutes les baies vitrées donnant sur les
Champs-Elysées fonctionnent électriquement. Il parvient à créer, malgré des négociations tendues avec Le Corbusier, un pot-pourri étrange et original.
Son noyau d'amis se constitue : l'écrivain Jacques de Lacretelle, les Noailles, Salvador Dali, Nathalie Paley. Le photographe Cécil Beaton raconte dans
ses Mémoires qu'on n'a rien vu de plus extravagant depuis Louis II de Bavière. Mais Charles de Beistegui ne flirte pas longtemps avec les architectes
contemporains. Il rêve d'un lieu disponible pour édifier un hymne au néo classicisme revisité qui sera jusqu'à sa mort sa marque de fabrique.
En 1938, Jacques de Lacretelle, qui possède une maison à Montfort l'Amaury dans les Yvelines, village historique à 45kms de Paris (chanté par Victor
Hugo, habité par Maurice Ravel, fréquenté par Colette, Paul Morand et quelques autres) lui signale que le château de Groussay est à vendre. Ancienne
propriété de la Duchesse de Charost, fille de Madame de Tourzel, gouvernante des enfants de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Groussay, entouré d'un
parc de trente hectares ceint de murs, ressemble alors à une maison de campagne du début du XIXème siècle. La bâtisse n'est pas encore classée
monument historique et Charles de Beistegui apprécie cette liberté dont il usera pour la transformer radicalement en château, prolongé de deux ailes,
d'un théâtre et d'une salle de bal dite "salle hollandaise"
Pendant la seconde guerre mondiale, alors que les événements ne semblenet pas avoir prise sur ses projets, il entreprend une succession collosale de
travaux qui ne s'arrêteront qu'à sa mort, en 1970. Il modifie les décors intérieurs du château de manière spectaculaire en créant une bibliothèque
monumentale en acajou, une galerie habillée de tapisseries uniques conçues d'après les cartons de Goya du Musée du Prado à Madrid, un vaisselier
inspiré des bibliothèques de Riesener, une galerie où se marient le style Louis XII et les lustres hollandais, un théâtre de 240 places décoré d'étoffes
flamboyantes et de lustres de Murano, sans parler des chambres d'amis, où les tissus anglais rivalisent de couleurs avec les tapis aux feuilles de lierre
tout droit sortis de son imagination foisonnante. Ce ne sont pas les meubles estampillés et les tableaux de maîtres qui intéressent Beistegui, même s'il
en possède d'exceptionnels, mais plutôt le mélange inattendu des bureaux russes de Roentgen, des lits empire, des bergères Louis XV et des poêles
autrichiens. Il préfère de loin l'effet, le trompe l'oeil, le grand décor théâtral à l'authenticité parfois ennuyeuse des châteaux français. C'est à contre
courant qu'il décide de border les fenêtres de la salle hollandaise de faïence de Delft bleu et blanc, de marier le vert et le bleu, de recouvrir les
fauteuils de sa bibliothèque de cotonnade blanche et de créer des médaillons encastrés dans les portes en acajou, contenant exclusivement de fausses
médailles en plâtre aux profils historiques... vous pourrez trouver la suite de son histoire dans l'abécédaire du Château de Groussay disponible sur
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