Madeleine Castaing s'inspire de l'esthétique néoclassique et l'interprète à sa manière. Tout au long de sa 
double carrière d'antiquaire et de décoratrice, Madeleine Castaing s'explique sur ses choix en répétant 
qu'il "faut que ça change", se référant par là à l'ostracisme dont souffrait l'esthétique du XIXème siècle, en
particulier le style Napoléon III.<br>À contre-courant de la mode, elle insiste à l'époque sur le sentiment 
de "saturation" que lui inspirent "le faux Louis XVI, les sinistres bergères, les tentures de velours frappé et 
les couleurs déprimantes employées". Elle aime la gaîté. Coloriste, elle inventa le "bleu Castaing", subtil 
mélange entre le vert et le bleu. Elle fût aussi une excellente paysagiste. Son parc de Lèves témoigne 
encore de ce talent. Pour elle, l'extérieur était la prolongation d'un intérieur, la même magie devait 
opérer.
Elle s'écarte des conventions pour faire, selon sa devise "de la poésie avec du mobilier". "Je fais des 
maisons comme d'autres des poèmes", disait-elle, ses admirateurs évoquent quant à son style  des 
émotions que l'on ne connaissait pas jusqu'alors dans le monde de la décoration. Réinventant l'intérieur 
de la maison de Jean Cocteau à Milly-la-Forêt, elle est aussi le mécène de l'artiste Chaïm Soutine et  
l'amie de personnages tels qu'Erik Satie, Blaise Cendrars, Chagall ou encore Picasso...
La collection Marcellin et Madeleine Castaing chez Sotheby's
L'Oeil - n° 561 - Septembre 2004
     
Voici une vente qu'on ne doit pas aborder de manière traditionnelle, en cherchant dans le catalogue des 
chefs-d'œuvre prompts à déchaîner les passions. La collection Marcellin et Madeleine Castaing que 
Sotheby's dispersera les 30 septembre et 1er octobre prochains n'en recèle pas, et l'estimation est modeste
entre 550 000 et 750 000 euros. Il faut plutôt s'imprégner de l'atmosphère particulière de leur datcha 
Directoire située à Lèves près de Chartres, y traquer l'âme de Madeleine Castaing, grande prêtresse de la 
décoration décédée en 1992. Son nom est accolé au bleu turquoise qu'on retrouve sur les volets de sa 
demeure, aux rayures bayadères et aux sièges gainés de léopard. Un nom aussi associé à la ruche de 
Montparnasse, à Erik Satie, Jean Cocteau ou Blaise Cendrars qui voulait qu'elle joue dans un film inspiré 
de madame Bovary. Femme de tête, souvent impertinente, modifiant son apparence au gré des modes, 
elle aura formé une génération de décorateurs, comme Jean-Louis Riccardi et Jacques Grange. On sent 
dans la demeure de Lèves, un air très Mittle Europa, des 
relents d'Un mois à la campagne de Tourgueniev ou de la Cerisaie de Tchekhov. En déambulant dans 
cette maison de poupée aux proportions humaines, on éprouve le sentiment d'être hors du temps. Tout ce 
qui pourrait passer pour du mauvais goût comme les meubles Napoléon III gainés de velours émeraude ou
la moquette panthère relève plus de la provocation, de son esprit rebelle. Étonnamment, on ne déniche 
aucune rareté bibliophilique dans cet ensemble. Pourtant Marcellin Castaing fut critique littéraire. Son fils 
Michel devint un grand expert en autographes, flambeau repris par le petit-fils, Frédéric, aujourd'hui 
président du Syndicat des libraires. On regrette presque que cette vente « sans contrainte », comprenez 
sans prix de réserve, n'ait pas lieu in situ, dans la grande tradition des house sales anglaises. Car les 
indiscrets aux tissus fanés et les sièges en rotin brinquebalants auraient plus de chance de trouver preneurs
inscrits dans leur propre élément plutôt que dans une froide salle de vente. « Pour des questions de 
logistique et de sécurité, une telle vente y serait inenvisageable », rappelle Philipp de Wurtenberg, 
président de Sotheby's France. L'autre regret pour ceux qui se déplaceront à Lèves sera de ne pas y voir 
les sept tableaux de Chaïm Soutine que Sotheby's a cédés pour un total de 3,6 millions de livres sterling 
en juin dernier à Londres. Car les Castaing comptent parmi les principaux mécènes de cet artiste rugueux 
et fier. 
Tellement fier qu'il aura dédaigné les 100 francs que Marcellin Castaing lui proposait pour acheter un 
tableau qu'il avait à peine regardé ! Le couple aura possédé quarante tableaux dont certains furent 
vendus ou offerts en dation. On s'étonne d'abord que ces œuvres aient été dissociées de l'ensemble alors 
que les impressionnistes de Franco Cesari n'ont pas déserté Paris en juin dernier. Mais, en y regardant de 
près, ces peintures ne forment pas corps avec le reste des objets. D'ailleurs les Castaing n'auront pas 
vraiment été collectionneurs de tableaux mais plutôt des amoureux de Soutine. La maison, qui n'a pas été
habitée depuis une dizaine d'années, et ses six-sept hectares de terrain ont été confiés à l'agence Lamy 
pour une estimation d'1,5 million d'euros. Après l'appartement parisien de Madeleine Castaing acheté par 
le producteur de cinéma Ismail Merchant, le magasin de l'angle de la rue Jacob transformé en salon de 
thé Ladurée, il ne reste de cette grande dame que des souvenirs... 
Azimi Roxana
Madeleine Castaing |  Jean-Noël Liaut Mécène à Montparnasse, décoratrice à Saint-Germain des près
272 pages.  | Paru le : 06-02-2008  | Prix : 20.00 € II.S.B.N. : 2-228-90278-0 
Editions : Payot
 
Esthète et mécène, Madeleine Castaing (1894-1992) est surtout connue aujourd'hui pour son oeuvre de 
décoratrice. Elle conçut les intérieurs d'un XIXe siècle fantasmé et fit de sa boutique parisienne, rue 
Jacob, un temple du goût et de la conversation. 
Mais bien avant d'aménager la maison de Jean Cocteau à Millyla- Forêt, elle côtoya la bohème de 
Montparnasse et lança le peintre Chaïm Soutine. Personnalité infiniment singulière et turbulente ayant 
toujours su brouiller les pistes pour mettre en scène sa propre image, elle inspira le personnage de Julietta
à Louise de Vilmorin et eut pour amis Erik Satie, Pablo Picasso — selon qui elle était « la plus jolie 
femme de Paris » —, Blaise Cendrars, Maurice Sachs, Marcel Jouhandeau, Violette Leduc, Christian 
Bérard et beaucoup d'autres.
Après avoir été une stakhanoviste du bonheur conjugal et une mécène aussi inspirée que manipulatrice, 
Madeleine Castaing fut, au cours des vingt-cinq dernières années de sa très longue vie, une Maud qui 
collectionna les jeunes Harold.  
 Jean-Noël Liaut
Jean-Noël Liaut est écrivain, traducteur et journaliste.
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« J'ai une passion pour les maisons », avoue dès la première 
ligne de sa préface Christiane de Nicolay-Mazery, l'auteur de ce
bel ouvrage découpé en neuf chapitres correspondant chacun à 
une demeure d'exception. Si l'on s'agace aussitôt d' voir figurer 
pour la énième fois les jardins ombragés de Courances, l'ancien
aménagement de l'appartement de Jacques Grange au Palais 
Royal, la maison de Lèves de Madeleine Castaing ou le décor 
1900 de Benerville, subsistent tout de même de jolies surprises.
Grâce aux superbes photographies de Christina 
Vervitsioti-Missoffe, on est heureux de retrouver l'atmosphère 
chaude et romantique de la datcha du parc de Château Gabriel 
dessinée par Grange pour Saint Laurent, celle Grand Siècle du 
château du Jonchet d'Hubert de Givenchy peuplé de ses 
dessins et de meubles de Diego Giacometti, celle proustienne et
bleutée d'un château du Morvan, celle victorienne d'un intérieur 
parisien marqué par la patte érudite de François-Joseph Graff 
ou l'ambiance Nouvelle-Athènes voulue par des collectionneurs 
pour leur appartement du côté de la Butte-aux-cailles.

Guy Boyer

Flammarion, 264 p., 300 ill., 65 €
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